13/12/1978 : une tornade s’abat sur Izé

Le 13 décembre 1978, peu avant 16H, une tornade de forte intensité EF3 traverse les Coëvrons et le sud des Alpes Mancelles. Izé est le village le plus sinistré.

Source : Keraunos

Photos Panorama de la tornade le 13 décembre 1978 prises quelques jours après (photos familiales, reproduction interdite)

« Où est passé le clocher de l’église? »

(Témoignage d’une habitante d’Izé qui vivait à la sortie du bourg (21/05/2023).

Le 13 décembre 1978, elle n’avait que 22 ans, elle était seule dans sa maison avec son bébé qui n’avait que 10 jours)


« En ce 13 décembre 1978, le ciel est de toute beauté avec ses dégradés de couleurs rose, rouge, grenat,… Les nuages gris, noirs se mêlent au tableau et défilent, poussés par un vent qui s’intensifie. Pour agrémenter le tout, le soleil, tant bien que mal, essaie de résister. en laissant passer, de ci, de là, quelques rayons lumineux à travers les nuages.

Palomo, le bon chien de la maison, somnole calmement sur le balcon relevant la tête, de temps en temps pour renifler l’air.

Les oiseaux (beaucoup d’oiseaux) virevoltent au-dessus et autour de la maison en piaillant (comme s’ils essayaient de se passer un message entre eux).

Les pigeons, qui d’ordinaire, souvent installés, à droite, à gauche de la volière (qui leur est ouverte), ou perchés sur les toitures, participent aux folles envolées de leurs congénères (je remarque que deux d’entre eux, disparus depuis plusieurs jours, sont revenus au bercail, bizarrement).

Dans le pré qui longe la maison, les vaches se blottissent les unes contre les autres, sous les arbres.

Curieux ce ciel ! De plus en plus rose, voire rougeâtre par endroits. Le vent s’accentue : il va sûrement pleuvoir. Au loin, des grondements se font entendre.

Tout à-coup, Palomo se lève et file dans son panier, l’air anxieux. D’ordinaire, l’orage ne lui fait pas peur. Puis plus d’oiseaux! C’est le silence… Les pigeons se sont tous regroupés à l’intérieur de la volière. De même pour les poules… Que se passe t’il?

Il est 15h45, ma fille née il y a dix jours, réclame son biberon. Puis, on passe au change qui s’effectue sur la table de la salle à manger, face à la grande baie qui offre une vue directe sur la campagne.

Inquiète, je scrute le ciel à travers les vitres. Les nuages noirs défilent à grande vitesse. Les éclairs se multiplient, suivis de coups de tonnerre de plus en plus bruyants. C’est alors qu’arrive ce bruit que j’associe à l’arrivée d’un gros camion roulant sur notre petite route campagnarde. En même temps, une force invisible et indescriptible semble vouloir pousser la baie : un gros souffle sourd.

Je m’empresse d’attraper ma fille dans mes bras et me réfugie avec elle dans un endroit de la maison n’ayant aucune ouverture extérieure. Le bruit est tel que je m’accroupis. Je comprends que quelque chose d’anormal se passe au dehors. J’entrouvre légèrement la porte et par la fenêtre de la cuisine, j’aperçois, telles des plumes voltigeant dans l’air : des branches d’arbres, des ardoises, du grillage, de la laine de verre, des morceaux de bois, des tôles,… Toutes ces choses s’entremêlent à travers un brouillard occasionné par une pluie battante et des bourrasques de vent comme je n’en ai jamais vues (la frayeur a duré un bon quart d’heure).

Puis le bruit intense s’atténue. Le souffle du vent s’amenuise. Le calme est revenu. Je m’empresse de sortir de la maison pour me rendre compte des dégâts occasionnés par la violence de ce déchaînement climatique.

Un paysage de guerre s’offre à mes yeux. Seule, notre maison et ses annexes semblent n’avoir subi aucun dommage. Tout autour, des arbres arrachés, les maisons d’habitation aux alentours avec leur toiture arrachée. Idem pour les bâtiments agricoles. Un peu plus loin, un château pratiquement détruit. Les bêtes dans les champs courent dans tous les sens, affolées, à travers les gravats que le vent a transportés.

Où est passé le clocher de l’église? Sur une partie du bourg, j’aperçois des maisons avec leur toiture aux trois quarts détruites. Je ne réalise pas l’ampleur des dégâts. En voyant ce spectacle, je me demande comment notre maison a t’elle pu résister ? Sans voiture, sans téléphone, aucun contact. Dans quel état est la maison de mes parents ? Comment se sont-ils protégés? Vont-ils bien?

Très vite, les sirènes se font entendre tout autour du bourg. Puis, j’aperçois une personne sur ma route, se dirigeant vers moi, à grands pas. Ma mère, inquiète, sachant que l’étais isolée, lui a demandé de prendre de mes nouvelles. Rassurées, d’un côté, comme de l’autre, il n’y avait plus qu’à attendre. Des renforts de pompiers arrivent de plusieurs communes ou villes.

A la sortie du bourg, aucune maison n’est épargnée avec des dégâts plus ou moins importants : fissures, fenêtres éclatées, toitures envolées, à moitié arrachées ou soulevées. Les vitrines des magasins sont explosées. Les décorations de Noël et objets de Noël jonchent le sol sur plusieurs mètres, des ardoises, des bouts de bois, des gravats étalés sur la route, une gazinière et un frigidaire projetés à plusieurs mètres de l’habitation. Le clocher de l’église est tombé à l’intérieur du presbytère.

Plus d’électricité, la nuit va commencer à tomber. Des véhicules militaires arrivent pour sécuriser certains endroits, certaines maisons menacent de s’écrouler.

Izé est devenu un village de désolation, suite à une tornade qui laissera de bien mauvais souvenirs à ceux qui ont vécu son déroulement. »

C.G.

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