Episode 6 (Identifier son père biologique)
Sans indice, sans nom, il est bien évidemment plus difficile et surtout plus long d’identifier son père biologique. D’autant plus si les taux d’ADN partagés avec nos matchs sont faibles, il faut faire coïncider une multitude de branches ascendantes puis descendantes pour construire notre arbre généalogique et ainsi identifier son père biologique. On se retrouve avec beaucoup d’individus potentiels associés à un taux de probabilité plus ou moins faible. Il faut donc comparer le tout, ce travail est laborieux mais pas impossible, il faut juste faire preuve de patience et avoir un peu de chance.
Plus les taux d’ADN partagés sont importants, plus il est facile de faire le lien familial avec les matchs. Le nombre de segments partagés et leur longueur sont aussi des bons indicateurs pour estimer le lien familial (ce que fait automatiquement MyHeritage selon un degré de fiabilité).

Revenons à l’histoire de Philippe, et faisons un point sur le résultat de mes recherches à ce stade :
- un couple d’ancêtres communs à 6 matchs (Aline, Marie, Maurice, Ophélie, Jérémy, Jean-Marc) – identifiés en jaune dans le tableau de l’article Un ADN, un lieu. Ce couple se situe dans les années 1620, on comprend donc toute la difficulté de redescendre leur arbre qui s’étoffe de plus en plus au fil des générations, mais on est sûr que le père biologique se trouve dans ces branches descendantes.
- deux matchs intéressants avec un taux d’ADN partagé de 2.3%, deux soeurs Louna et Ambre (mais aucune information qui permet de faire leur arbre généalogique)
- deux autres matchs intéressants Aline et Marie, deux soeurs dont une partage 1.3% d’ADN avec Philippe, ce qui signifie qu’il doit y avoir un couple d’ancêtres communs plus proches que celui des années 1620.
- Une région qui pourrait correspondre aux origines, au lieu de naissance et/ou de domicile du père biologique, dont le centre est La Gaubretière en Vendée.
- Le nom d’un homme que Philippe me donne après avoir fouillé dans le passé de sa mère, qui n’est autre qu’un de ses employeurs avant la naissance de Philippe.
Pour confirmer ou infirmer cette nouvelle piste, je dois reconstituer l’arbre généalogique de cet homme. La reconstitution est facile puisqu’il est malheureusement décédé.
Première surprise, cette personne est née à Saint Martin des Tilleuls, un des foyers de mes dix arbres reconstitués à partir des correspondances ADN, à seulement cinq kilomètres de la Gaubretière. A ce moment, je me dis qu’Auguste B. pourrait bien être son père biologique. Je cherche à trouver un seul ancêtre commun avec mes matchs, celui qui me confirmera mes hypothèses. Il me reste à assembler les dernières pièces du puzzle en étant de plus en plus sûre qu’Auguste B. soit le père biologique de Philippe.
C’est en me rendant au cimetière des Herbiers que je vais y trouver ma dernière pièce du puzzle, un nom, une date qui me permettront de recouper toutes les branches et de garantir que le père biologique de Philippe se trouve dans la lignée d’Auguste B. et qui par l’histoire familiale sera lui-même désigné. Je passe par Saint Martin des Tilleuls, m’arrête au cimetière, à la recherche de cette famille B.
Dans son arbre, je retrouve mon couple d’ancêtres communs, Anne G. et Pierre J. J’appelle immédiatement Philippe et je lui confirme la très forte probabilité qu’Auguste B. soit son père biologique.
ANALYSE
Lien de parenté avec Aline et Marie
L’arrière-arrière-grand-père/mère de Philippe est l’arrière-arrière-arrière-grand-père/mère d’Aline et Marie. MyHeritage avait estimé le lien familial « Petite cousine » avec pour ancêtres communs « arrières-arrières-grands-parents », la plus forte probabilité de 34.3%. On peut dire que l’estimation était bonne.
Philippe a 6 ancêtres communs, soit 3 couples d’ancêtres communs avec Aline et Marie.

Puis je trouve un nouveau couple d’ancêtres communs ayant vécu dans les années 1800, ancêtres communs avec Aline et Marie, les deux soeurs. Plus un doute pour moi, Auguste B. est le père biologique de Philippe.
Lors de mes recherches généalogiques, j’éprouve toujours ce besoin de me retrouver près des racines de ces personnes, leur tombe, leur lieu de naissance, leur lieu de vie… En général, cela me donne un véritable élan dans mes investigations. Cela est très intime d’entrer dans la vie passée des gens, faire surgir des secrets de famille. Il faut avancer en marchant sur des œufs, ce qui n’est pas toujours simple, évident. Mais pousser les portes de l’histoire est une véritable passion pour moi. Écrire ou réécrire l’histoire des gens, tout en essayant de comprendre, d’en mettre du sens, sans que cela, malheureusement, ne soit toujours possible.
L’arbre d’Auguste B. est quasi terminé, il est devenu important aux yeux de Philippe de le compléter par les branches descendantes, trouver des descendants, une famille biologique pour confirmer ce lien de sang et mettre un visage à son père biologique, en savoir un peu plus…
Philippe connaissait l’existence d’une fille qu’Auguste B. aurait eue, mais ne l’avait jamais rencontrée. Je lui confirme qu’il a effectivement une fille unique, qui elle-même est mère d’un garçon et d’une fille. Philippe s’empresse de prendre contact avec cette femme et organise une rencontre. Il se fait passer pour un passionné d’histoire qui souhaiterait des informations sur ce libraire nantais bien connu et reconnu à l’époque, son père biologique. Il tient à ce que je l’accompagne, et il me confie cette lourde responsabilité qui est celle d’apprendre à cette femme cette découverte, que son père pourrait être le père biologique de Philippe, que Philippe est son demi-frère… Une peur m’envahit, celle de bouleverser une vie, des vies, de culpabiliser, de faire sortir un secret de famille au grand jour, de blesser, … Mais Philippe et moi, nous savons très bien que nous ne pourrons pas avancer sans rencontrer sa famille biologique ; nous devons confirmer ce lien, et cela devient presque vital maintenant, après ces mois de recherches pour moi, après ces années de questionnements pour lui. Nous nous décidons et nous lançons dans l’inconnu…


Très belle histoire ou « intrigue » ☺️
L’investigation est intéressante… on attend le dénouement
Bien cordialement
Jocelyne