Maxime Du Camp, dans son livre Une femme de bien La Duchesse de Galliera évoque Pierre Chédor père, mon Sosa 64 G7.

« Au temps de mon enfance, dans le pays du Maine qui s’allonge entre Fresnay-le-Vicomte et Sillé-le-Guillaume, j’ai vu souvent un fermier, maître Chédor, présider la table où ses onze enfants, beaux et solides, s’asseyaient au-dessous de lui. A force de besogner, d’aller vendre son blé au Mans, son chanvre à Alençon, il avait amassé, pièce de 6 liards par pièce de 6 liards, un maigre pécule dont on parlait avec exagération autour de lui, ce qui a permis à Pierre, son fils aîné, d’épouser une fille orpheline qui possédait une dizaine d’hectares, moitié prés, moitié labours. Longtemps après les jours que je rappelle, je suis retourné voir ces braves gens ; j’ai demandé « Où est Pierre? » On m’a répondu : « Il est sur sa terre, en dévalant du côté de la Sarthe, au-delà des grands Bercons, tout auprès de Saint-Aubin-de-Locquenay ». J’y ai été par les grands chemins ombreux où j’avais cueilli tant de « noussilles » pendant mes vacances d’écolier. » Pierre m’a bien accueilli et m’a offert un pichet de cidre : je lui ai dit : « Combien as-tu d’enfants ? – Je n’ai qu’un gars, pas plus. » Je l’ai regardé avec surprise. Il s’en est aperçu, son expression est devenue sérieuse, et c’est d’un ton presque bourru qu’il a répliqué ; « Dame ! vous savez ; je ne veux pas que mon héritage soit partagé. » « Mauvaise parole ; le paysan n’est pas seul à la prononcer ; plus d’un petit négociant plus d’un petit bourgeois, plus d’un millionnaire l’a répétée. Une telle théorie mise en pratique est néfaste. J’en demande pardon à certains économistes, mais j’estime que Malthus est un malfaiteur. Si l’Angleterre l’avait écouté, elle n’aurait ni l’Hindoustan, ni tant de colonies prospères. Les pays qui n’ont pas trop de population n’en ont pas assez. »
Source : Maxime Du Camp – Une femme de bien, La Duchesse de Galliera dans la Revue des deux Mondes du 1er février 1890, p568-569
Pierre Chédor est né le 5 février 1790 à Ségrie (72). Fils de cultivateur, il sera lui même cultivateur et adjoint au maire de Montreuil-le-Chétif, le maire qui est son frère Jean. Il se marie avec Marie-Anne Paris, née le 8 août 1788 à Saint-Aubin-de-Locquenay (72). Elle est l’arrière petite fille de Julien Paris. Il se marient le 17 mars 1813 à Fresnay-sur-Sarthe. Ils auront 12 enfants, 6 garçons et 6 filles, dont une qui décédera à l’âge de un mois.
Maxime Du Camp décrit cette grande tablée de onze enfants autour du patriarche comme c’était l’habitude dans les fermes en ces temps-là. Grâce à l’écrivain, j’en sais un peu plus sur cet ancêtre qui cultivait le blé et le chanvre, et qui allait vendre sa production au Mans et à Alençon. On imagine bien toute la besogne que cela pouvait représenter.

Parmi les onze enfants « beaux et solides » (on imagine aussi qu’ils devaient être robustes, de par le travail fourni et ce depuis leur plus jeune âge), on trouve Narcisse François Chédor, mon Sosa 32 G6, le grand-père de mon arrière-grand-père. Ce dernier était cultivateur et maire du village Le Grez (72). Il y a aussi Pierre, le fils aîné qu’a rencontré Maxime Du Camp, lors d’un retour aux sources dans le Domaine de Bernay. Pierre n’avait qu’un fils à ce moment-là « Je n’ai qu’un gars, pas plus ». Pierre ne voulait pas d’autres héritiers. Mais la vie en a décidé autrement puisqu’il a eu trois enfants : Pierre Narcisse en 1844, Louis Philippe en 1846 et Henri Joseph en 1849. Trois garçons! On peut donc dater le séjour de Maxime Du Camp et ses retrouvailles avec Pierre Chédor fils entre fin 1844 et début 1846.

Pierre a bien épousé une « fille orpheline », Henriette Aguillé dont le père Louis Aguillé est décédé en 1840, laissant ses terres à ses enfants. Malheureusement Henriette décède à l’âge de 38 ans. Pierre se retrouve seul avec ses trois garçons âgés de 9, 7 et 4 ans. Pierre épousera en 1859 la fille du maire de Douillet, Flavie Eulalie Chédor, sa cousine germaine.

