Episode 7 (Identifier son père biologique)
Le grand jour est arrivé, nous sommes en mars 2022. Le soleil est au rendez-vous. Nous sommes en Vendée au bord de la mer, le ciel est comme coupé en deux, entre gris et bleu. C’est ici que vit la demi-sœur de Philippe. L’endroit est accueillant, vue sur mer, nous espérons pleinement que la rencontre se passera dans d’aussi bonnes conditions.
La route a été longue mais nous savons que nous sommes au bout du chemin et proches de la fin des recherches. Une bonne part du mystère est résolu. Philippe et moi, on imagine les différents scénarios de cette rencontre tant attendue. Son père biologique, né au début du XXème siècle, est malheureusement décédé, il y a maintenant vingt et un ans. Sa demi-sœur est plus âgée, elle a l’âge de sa mère. Il y a donc une génération d’écart.
La rencontre, ce grand pas dans les recherches de parents biologiques, est toujours le moment le plus attendu et le plus appréhendé. Il est nécessaire de se préparer psychologiquement et émotionnellement, même pour celui ou celle qui accompagne puis il faut inévitablement accepter le fait que la famille biologique ne veuille pas cette rencontre. C’est un moment éprouvant, où se mélange une multitude d’émotions venant des deux parties : surprise, peur, joie, tristesse, déception, colère, regret, honte, fierté,… Il y a forcément un avant et un après la rencontre. Ce moment sera gravé à jamais, il fera partie des évènements vécus les plus importants, voire LE plus important de notre vie. Alors mieux vaut qu’il se passe bien mais ce n’est malheureusement pas toujours le cas.

Bord de mer, Vendée, Mars 2022

Nous sonnons…
Un homme nous ouvre au rez-de-chaussée, il nous fait monter au premier étage où nous attend son épouse Marie-Anne*, qui nous propose de nous asseoir. Je suis dès lors étonnée de ne trouver aucune ressemblance physique avec Philippe, mais je me dis que les frères et sœurs ne se ressemblent pas toujours, et cela doit être encore plus vrai pour les demi-frères, demi-sœurs.
Nous sommes censés être des passionnés d’histoire venus rencontrer Marie-Anne pour en savoir plus sur son père, Auguste B., un commerçant nantais bien connu à l’époque.
Le moment est venu, nous nous présentons et j’enchaîne directement sur le fait que Philippe m’a missionnée pour retrouver son père biologique, je décris rapidement mes recherches et lui explique que petit-à-petit, elles me dirigeaient toutes dans la région vendéenne, vers La Gaubretière, La Verrie et Saint-Martin-des-Tilleuls… Je vois qu’elle écoute attentivement et comprend très vite. Dans un dernier élan de paroles, je lui affirme que le père biologique de Philippe se trouve dans la lignée de la famille B, et qu’il pourrait même s’agir d’Auguste B. A ce moment, l’adrénaline monte, je viens de révéler un secret familial, une relation adultère, un enfant de son père; l’homme assis en face d’elle est donc son demi-frère.
Marie-Anne a tout compris, elle nous répond : « Bon euh, Auguste B n’est pas mon père, donc si vous souhaitez confirmer par l’ADN, vous ne pourrez pas… »
Philippe et moi, nous nous regardons, l’air surpris, je ne comprends pas, je me demande ce que j’ai raté dans mes recherches, me suis-je trompée dans les descendants, est-ce la bonne maison?
Marie-Anne poursuit et nous explique que sa maman n’avait pas pu avoir d’enfant pour des raisons médicales certainement, et qu’elle avait été adoptée, qu’elle était arrivée chez le couple à l’âge de 18 mois… Nous avions imaginé tous les scénarios possibles, nous nous étions préparés à un refus de nous écouter, de nous croire,… On avait même imaginé qu’elle nous claquerait la porte au nez, nous étions prêts à tout, mais aucunement à la réalité, celle de se trouver face à une demi-sœur adoptée avec aucun lien génétique. Ainsi, Marie-Anne est un peu dans la même situation que Philippe, elle ne connaît pas ses parents biologiques. Elle nous dit ne pas être surprise, évoquant la fragilité du couple que formaient ses parents. Néanmoins, elle n’avait aucune idée de l’existence de Philippe. Rappelons que Philippe ne sait pas si son père biologique savait qu’il avait un fils, et quelle était la relation entre sa mère et son père biologique.
Notre déception est grande, cette demi-sœur, fille unique représentait la seule référence identitaire pour Philippe, il prend conscience qu’il n’y aura pas d’autres membres de sa famille biologique avec un lien familial aussi proche. Son père biologique est décédé, il regrette déjà d’avoir perdu cette occasion de le rencontrer, puis maintenant il réalise qu’il est le seul descendant biologique (connu). Marie-Anne comprend sa déception. Nous avons tout de même la chance d’échanger avec elle sur ce père biologique. Malheureusement, nous ne pourrons pas voir de photo, Philippe ne pourra pas mettre un visage sur son père biologique.

La question suivante surgit : Alors comment confirmer ce lien génétique ?
Je fais comprendre à Philippe que les recherches ne sont donc pas terminées, qu’il va falloir contacter les descendants des frères et sœurs de son père biologique, frères et sœurs qui sont aussi décédés.
Et puis il ne faut pas oublier que certaines des réponses aux questions de Philippe sont détenues par sa mère, pour qui il est peut-être temps de parler, de raconter la vérité…. Malheureusement, elle ne parlera jamais, plongée dans un mutisme profond, il n’est pas évident de révéler un secret gardé pendant 57 ans.
Prête à nous aider (peut-être parce qu’elle a elle-même éprouvé le désir d’identifier et de rencontrer ses parents biologiques), Marie-Anne nous informe qu’elle parlera à sa cousine avec qui elle a partagé beaucoup de moments dans son enfance et avec qui elle entretient toujours une bonne relation. Il s’agit de Marie, fille d’un des frères d’Auguste B. Marie-Anne propose à Philippe de laisser Marie revenir vers lui si elle est d’accord pour réaliser un test ADN.
Nous quittons Marie-Anne et son mari, qui nous ont très gentiment accueillis, l’échange a été très enrichissant. Ils ont noté quelques ressemblances avec Auguste B., le même menton, la même voix, le même profil… Quelques détails qui viennent tout de même déjà confirmer le lien. Mais nous souhaitons vraiment le prouver par l’ADN. Alors nous repartons dans l’espoir que Marie, la cousine germaine, fasse sonner le téléphone rapidement…

*Prénom modifié
